Au cœur de Mbanza-Ngungu, devant le bâtiment du Tribunal de paix, dans la Province du Kongo Central, un monument attire discrètement les regards. Baptisé “Mvati ya Mpatu”, il fait partie du paysage urbain depuis près de trois décennies. Derrière cette œuvre se raconte pourtant une page de l’histoire récente de la cité, entre initiative locale, identité culturelle et mémoire collective.
Il suffit de traverser le centre de Mbanza-Ngungu pour l’apercevoir. Dressé devant le Tribunal de paix, le monument “Mvati ya Mpatu” semble faire partie du décor depuis toujours. Les passants le côtoient, les vendeurs exposent leurs articles et marchandises, un parking y a même été érigé où les taxis en commun sont très visibles autour de lui.
Pourtant, cette présence silencieuse raconte une histoire. Selon les informations recueillies localement, l’œuvre a été conçue et érigée entre 1997 et 1998 par Pierre Swanginduladio, présenté comme un savant en art. Le projet serait né de l’initiative de Luyinduladio Mbanza, alors administrateur du territoire de Mbanza-Ngungu.
L’idée était notamment d’inscrire dans l’espace public un symbole rattaché à l’identité de la cité. Le choix d’un emplacement au cœur de la ville répondait également à une logique simple : “Faire de la mémoire un élément accessible à tous, sans distinction entre habitants, visiteurs, fonctionnaires ou voyageurs”.
Anciennement appelée “Thysville”, la cité de Mbanza-Ngungu, s’est développée notamment autour de la ligne ferroviaire reliant Matadi à Kinshasa. Sa position géographique lui a progressivement conféré une importance administrative, commerciale et stratégique dans la province.
Le monument “Mvati ya Mpatu” ne constitue peut-être pas le plus imposant des éléments du patrimoine de la ville. Mais, sa valeur réside aussi dans ce qu’il représente. Une initiative locale, une période donnée et une volonté de matérialiser dans l’espace public une partie de l’identité de Mbanza-Ngungu.
Quand un monument devient un simple décor
Un monument que l’on voit tous les jours finit parfois par ne plus être regardé. C’est l’un des paradoxes du patrimoine urbain. Sa présence permanente peut contribuer à son oubli. “Mvati ya Mpatu” n’échappe pas à cette réalité. Comme de nombreux ouvrages installés dans l’espace public, il est exposé aux effets du temps, aux intempéries, à la poussière et aux transformations de son environnement immédiat par les habitants.
Sans entretien et sans informations permettant d’en comprendre l’origine, le risque est de voir progressivement disparaître la signification attachée à l’œuvre. Le problème n’est donc pas seulement celui de son état physique. Il concerne également sa mémoire.
Restaurer l’oeuvre et transmettre l’histoire
La valorisation de “Mvati ya Mpatu” pourrait commencer par des mesures relativement simples. Un entretien périodique permettrait de préserver le monument. Une éventuelle restauration pourrait être envisagée pour les parties détériorées. Une signalisation appropriée permettrait surtout d’identifier clairement l’œuvre. Cette dimension pédagogique est essentielle car un monument ne parle pas de lui-même. Il a besoin d’un récit.
À défaut, les générations futures pourraient continuer à voir la sculpture sans jamais connaître la raison de sa présence au cœur de la ville.
Un patrimoine qui peut devenir un outil de découverte
La sauvegarde de Mvati ya Mpatu pourrait également s’intégrer dans une politique plus large de valorisation du patrimoine de Mbanza-Ngungu.
La ville dispose de plusieurs éléments susceptibles de raconter son évolution. Les infrastructures ferroviaires, les bâtiments historiques, les sites religieux et les différents lieux liés à son développement pourraient être recensés, documentés et intégrés dans un parcours historique. “Mvati ya Mpatu” est sans nul doute l’un des points de départ de cette découverte.
Pour une ville comme Mbanza-Ngungu, une telle démarche présenterait un double intérêt. Préserver la mémoire locale et créer de nouvelles possibilités de valorisation culturelle et touristique.
Une sculpture, mais surtout une histoire
Près de trente ans après son installation, Mvati ya Mpatu continue de se dresser au cœur de Mbanza-Ngungu. La ville autour de lui a changé, les générations se sont succédé, les activités ont évolué. Mais, le monument est resté.
Sa véritable valeur ne se mesure donc pas uniquement à sa forme ou à sa matière. Elle réside dans l’histoire qu’il porte et dans la capacité de la communauté à la transmettre.
À Mbanza-Ngungu, “Mvati ya Mpatu” rappelle ainsi une évidence souvent oubliée. Une ville ne se construit pas seulement avec des routes, des bâtiments et des infrastructures. Elle se construit aussi avec des souvenirs.
Et parfois, ces souvenirs prennent la forme d’une sculpture installée au bord d’une rue, attendant simplement que quelqu’un s’arrête pour demander ce qu’elle raconte.
Fred Le Mérite Nkedi
Last modified: 21 septembre 2026